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Crédit quand on est au chômage : ce que vérifie le prêteur

Oui, une personne qui perçoit des allocations de chômage peut introduire une demande de crédit en Belgique : aucune loi ne l’interdit. Mais le prêteur doit vérifier qu’elle pourra rembourser jusqu’à la dernière mensualité. Depuis le 1er mars 2026, les allocations de chômage sont en principe limitées dans le temps : la question décisive devient donc souvent la date de fin de votre droit, comparée à la durée du crédit.

L’essentiel

  • Le prêteur est tenu d’évaluer rigoureusement votre solvabilité et de consulter la Centrale des crédits de la Banque nationale (Code de droit économique, art. VII.77).
  • Les allocations sont un revenu de remplacement pris en compte comme les autres, mais leur durée est désormais limitée pour la plupart des nouveaux droits.
  • Un crédit dont les mensualités courent au-delà de la fin de votre droit aux allocations est rarement raisonnable, sauf revenu du ménage suffisant.
  • Personne ne peut promettre un accord : une offre « garantie » ou « sans vérification » est un signal d’alerte.
  • Pour une difficulté ponctuelle, un plan de paiement, le CPAS ou un microcrédit accompagné sont souvent préférables.

Cet article porte sur le crédit à la consommation (prêt à tempérament, petit prêt). Pour l’achat d’un logement, voir le prêt immobilier au chômage. Si vos revenus viennent d’une autre source qu’un emploi (pension, loyers, activité indépendante), voir le crédit personnel sans emploi.

Ce que la loi impose au prêteur

Le Livre VII du Code de droit économique encadre le crédit aux consommateurs. Trois règles expliquent la plupart des décisions :

  • Un questionnaire obligatoire (art. VII.69) : le prêteur vous interroge au moins sur le but du crédit, vos revenus, vos personnes à charge et vos crédits en cours. Vous devez répondre de manière exacte et complète.
  • Une évaluation rigoureuse de la solvabilité (art. VII.77, § 1er) : avant de signer, le prêteur vérifie que vous serez à même de rembourser et consulte la Centrale des crédits aux particuliers.
  • Une interdiction de conclure (art. VII.77, § 2) : le prêteur ne peut accorder le crédit que s’il peut raisonnablement estimer que vous respecterez vos obligations. Si la Centrale mentionne des impayés non remboursés de plus de 1 000 € sur un crédit à la consommation, il ne peut pas conclure de nouveau contrat.

Le statut de demandeur d’emploi n’est donc pas un motif de refus en soi. Ce qui compte, c’est le résultat de cette évaluation : revenus, charges, dettes existantes et durée pendant laquelle les revenus sont assurés.

Ce qui a changé en 2026 : un droit aux allocations limité

Selon l’ONEM, la loi du 18 juillet 2025 limite les allocations de chômage dans le temps à partir du 1er mars 2026. Pour une personne qui ouvre un droit après le 28 février 2026, les allocations sont versées :

  • pendant une période de base de 12 mois ;
  • prolongée d’un mois pour chaque tranche de 104 jours de passé professionnel, avec 12 mois supplémentaires au maximum.

Le droit dure donc au plus 24 mois dans ce régime, sauf report de la date de fin dans certains cas. Des exceptions existent, notamment à partir de 55 ans avec un passé professionnel suffisant (31 ans en 2026), et des mesures transitoires s’appliquent à ceux qui percevaient déjà des allocations avant le 1er mars 2026. Votre organisme de paiement (syndicat ou CAPAC) peut vous indiquer votre situation.

Conséquence pratique : un prêteur regarde non seulement le montant de vos allocations, mais aussi combien de mensualités tombent après la fin de votre droit.

Exemple : comparer la durée du crédit et la fin du droit

Hypothèses, purement illustratives : un besoin de 4 000 € (par exemple une voiture d’occasion pour reprendre un emploi), un taux annuel effectif de 9 % sans frais ni assurance, et un droit aux allocations qui prend fin dans 14 mois. Ce taux n’est pas une offre ; le coût réel dépend du prêteur et de votre profil.

Durée Mensualité Mensualités après la fin du droit
12 mois 349,15 € 0
24 mois 182,10 € 10
36 mois 126,55 € 22
48 mois 98,87 € 34

Coût total des intérêts dans cet exemple : environ 190 € sur 12 mois, 370 € sur 24 mois, 556 € sur 36 mois et 746 € sur 48 mois. Allonger la durée fait baisser la mensualité, mais augmente le coût et reporte l’essentiel du remboursement au moment où l’allocation pourrait avoir disparu.

Ce qu’il faut en retenir :

  • une mensualité supportable aujourd’hui ne suffit pas : il faut pouvoir la payer après la fin du droit ;
  • si les mensualités tombent entièrement pendant la période couverte, la charge mensuelle est élevée et doit rester compatible avec vos dépenses fixes ;
  • un revenu régulier du ménage (conjoint, cohabitant qui co-emprunte) change fortement l’analyse, mais il engage aussi cette personne.

Avant de demander : les vérifications utiles

  1. Connaître la date de fin de votre droit auprès de votre organisme de paiement, et la noter.
  2. Consulter gratuitement vos données à la Centrale des crédits (Banque nationale) : en ligne avec votre carte d’identité électronique, par courrier, par e-mail ou au guichet. Un retard enregistré par erreur peut être corrigé en vous adressant au prêteur concerné.
  3. Faire votre budget : allocations, autres revenus du ménage, loyer, énergie, assurances, crédits en cours. La mensualité doit tenir avec une marge pour les imprévus.
  4. Demander le montant strictement nécessaire et préférer un prêt à tempérament (mensualités fixes, date de fin connue) à une ouverture de crédit.
  5. Préparer les justificatifs : carte d’identité, attestations de paiement des allocations, extraits de compte, contrats des crédits en cours. Le prêteur peut en demander d’autres.

Si le crédit est accordé, vous disposez de 14 jours après la conclusion pour y renoncer sans motif (art. VII.83).

Les alternatives à examiner d’abord

Situation Piste
Facture ponctuelle (énergie, soins, impôts) Demander un plan de paiement au créancier, de préférence avant l’échéance.
Crédit en cours devenu difficile à rembourser Contacter le prêteur au plus vite pour demander une suspension ou un étalement ; sans réponse après un mois, le juge de paix peut accorder des facilités.
Plusieurs dettes Médiation de dettes auprès d’un service agréé, par exemple le CPAS de votre commune.
Besoin d’un petit financement lié à un projet Un microcrédit personnel accompagné.
Fin du droit aux allocations Le CPAS peut examiner, sous conditions, une aide sociale ou un revenu d’intégration.

Un nouveau crédit pour rembourser des dettes existantes ne règle pas le problème de revenus et peut l’aggraver : dans cette situation, la médiation de dettes est la voie prévue.

Les pièges qui visent les demandeurs d’emploi

La FSMA décrit un schéma fréquent de « faux crédits » : une offre très avantageuse, une procédure simple, puis une demande de paiement préalable présentée comme des frais de dossier, de légalisation ou d’assurance. Une fois la somme versée, le faux prêteur disparaît. Refusez :

  • tout paiement avant le versement des fonds ;
  • toute promesse d’accord garanti, « sans refus » ou « sans consultation de la Centrale » : un prêteur autorisé ne peut pas s’en passer ;
  • les offres reçues sans les avoir demandées sur les réseaux sociaux ou par e-mail, surtout depuis une adresse @gmail.com, @hotmail.com ou @outlook.com ;
  • un interlocuteur dont vous ne pouvez pas vérifier le nom, le siège et l’autorisation : les prêteurs et intermédiaires autorisés sont repris dans les registres de la FSMA.

Questions fréquentes

Mes allocations comptent-elles comme un revenu ?

Oui, ce sont des revenus de remplacement que le prêteur peut prendre en compte. Il tiendra compte de leur montant et de leur durée, en plus de vos charges et de vos crédits en cours.

Un impayé ancien m’empêche-t-il d’emprunter ?

S’il reste non remboursé pour plus de 1 000 € sur un crédit à la consommation, le prêteur ne peut pas conclure de nouveau contrat. Une fois le problème régularisé, la mention reste encore un an à la Centrale ; sans régularisation, elle peut rester jusqu’à dix ans après le premier défaut.

Faut-il attendre de retrouver un emploi ?

Si la dépense peut être reportée, c’est généralement plus prudent. Si elle conditionne justement la reprise d’un emploi (déplacement, formation), chiffrez un crédit court et comparez-le d’abord aux alternatives ci-dessus.

Attention, emprunter de l’argent coûte aussi de l’argent.

Sources